Anonyme

Autre

Bonjour J’ai vu une vidéo de vous dans laquelle vous disiez qu’on pouvait vous parler de nos problèmes de manière anonyme. Excusez-moi si j’écris avec le cœur et qu’il y a beaucoup de fautes. Ce matin, j’ai décidé de vous parler parce que je commence vraiment à être fatiguée. Je n’ai même pas fermé l’œil de la nuit. Je

suis une fille de 23 ans. Je viens d’une famille très pauvre. Mes parents ont eu quatre enfants, dont je suis l’aînée. Aujourd’hui, en y réfléchissant, je me rends compte que la vie ne m’a jamais vraiment fait de cadeau. Pourtant, je me suis toujours battue pour m’en sortir. J’ai lutté, j’ai vraiment lutté. Tous mes

problèmes ont commencé à l’âge de 12 ans, lorsque ma mère a décidé de nous abandonner, mes frères et moi. C’était devenu très compliqué parce qu’à l’époque, mon père travaillait un peu partout et n’était presque jamais là. Je n’avais que 12 ans, je ne pouvais même pas prendre soin de moi-même, mais j’essayais quand

même de prendre soin de mes frères. Je mendiais et je suis même allée jusqu’à voler pour que nous puissions survivre. Un jour, ma mère est revenue et nous a confiés à l’une de ses tantes. Le mari de cette dernière me touchait souvent lorsque personne n’était là. J’ai essayé d’en parler, mais personne ne m’écoutait,

jusqu’au jour où il a vraiment abusé de moi. J’étais détruite, traumatisée et complètement perdue. Pendant longtemps, j’ai eu honte de moi et de mon corps, et cette honte ne m’a jamais vraiment quittée. Mais une chose est sûre : j’ai toujours été une fille très ambitieuse. Je n’ai donc jamais abandonné mes études. J’ai

échoué quelques fois, oui, mais je n’ai jamais laissé tomber. Aujourd’hui, je suis devenue une grande fille. J’ai obtenu mon bac en 2023, par la grâce de Dieu, et je n’ai jamais échoué à un examen. Après le bac, j’avais des rêves. Certes, des rêves peut-être trop grands pour une personne comme moi, mais je me suis

permis d’y croire. J’ai postulé dans une faculté de santé au Sénégal et, Dieu merci, j’ai été acceptée. Comme quoi, Dieu sait vraiment faire les choses. J’ai fait sept jours de route en voiture, du Bénin jusqu’au Sénégal, parce que je ne pouvais pas me permettre de prendre l’avion. Une fois arrivée ici, les choses sont

devenues compliquées. Certes, mon père faisait de son mieux pour m’aider, mais c’était également difficile de son côté. J’ai donc arrêté de compter sur lui. J’ai très vite compris qu’il fallait que je prenne ma vie en main. J’ai essayé de trouver un travail. J’en ai même trouvé un, mais vous savez, dans le milieu dans

lequel je suis, si tu ne comprends pas le wolof, tu peux difficilement t’en sortir. À cause de la langue, j’ai finalement perdu ce travail. Alors, je me suis mise à fréquenter des hommes. Oui, j’ai couché avec des hommes plus âgés que moi pour pouvoir m’en sortir. Et parfois, je le faisais pour des miettes : 10 000

FCFA, 5 000 FCFA… Aujourd’hui, je viens de terminer ma licence. Et oui, je l’ai fait. Je n’ai même jamais eu d’ordinateur pour mes cours, mais j’ai réussi. Après cette étape, je me retrouve pourtant complètement perdue parce qu’il y a le master qui m’attend, et cette fois, les dépenses sont beaucoup plus importantes.

Je suis perdue. Je suis vraiment perdue. Je ne suis pas une paresseuse. Je peux travailler, je peux apprendre, je peux faire beaucoup de choses. Mais je n’ai simplement pas de repères et je ne sais plus vers qui me tourner. Je me sens fatiguée. Je veux arrêter cette vie de prostitution, ou du moins cette vie dans

laquelle je suis obligée de vendre mon corps pour survivre. Je me sens usée. Je suis vraiment très fatiguée. Je sais que certaines personnes vivent des choses encore plus difficiles, mais j’avais simplement besoin de raconter mon histoire. Peut-être que quelqu’un lira ces mots, peut-être que quelqu’un pourra

m’orienter, m’aider à trouver une solution ou simplement me donner un peu d’espoir. On ne sait jamais… Dieu peut toujours faire grâce. Merci d’avoir pris le temps de me lire.

il y a 9 j

Anonyme

Amour & relations

la premiere fois il a dit que c'etait ma faute, que je l'avais poussé a bout, que si javais pas parlé comme ça rien ne serait arrivé. jy ai cru. la deuxieme fois aussi. maintenant je sais que c'est pas ma faute, mais c'est trop tard, je suis deja prise dedans. une fois je suis partie chez ma mere avec les enfants, en

pleine nuit. elle m'a fait du thé, elle m'a ecoutée, et le matin elle m'a dit rentre, un foyer ça se construit, une femme patiente gagne toujours a la fin, pense a tes enfants. alors je suis rentrée. et lui il savait que jaurais nulle part ou aller, ça l'a rendu plus sur de lui. si je pars je pars avec quoi. la maison

c'est la sienne, l'argent c'est lui, et tout le quartier va dire que jai pas su tenir mon mari. alors je mets du fond de teint la ou ça se voit. je dis que je suis tombée, que je suis maladroite. les voisines savent, elles disent rien, elles baissent les yeux quand je passe. les enfants commencent a entendre,

maintenant. le grand se met devant sa petite soeur quand ça monte. ça c'est la chose qui me tue le plus, plus que les coups. le matin il est gentil, il achete le pain, il joue avec les petits, il rigole. et le soir je sais jamais quel homme va franchir la porte. je vis dans ma propre maison en retenant mon souffle.

il y a 38 j

Anonyme

Deuil

jai perdu mon bebe a sept mois de grossesse. il est né sans respirer. dans la salle il y a eu un silence, pas de cri, et jai compris avant qu'on me dise. on me l'a pris tres vite, jai meme pas eu le temps de bien le regarder, de compter ses doigts, rien. a l'hopital on m'a dit c'est rien, tu es jeune, tu en auras

d'autres. ma belle mere a dit que c'etait ecrit, qu'il faut accepter et se taire. trois jours apres on me demandait deja quand je reprends le travail. tout le monde a tourné la page en une semaine, comme si il avait jamais existé. moi jai un prenom que javais choisi et que je peux dire a personne. jai des petits

vetements que javais achetés et que jai cachés au fond d'un sac, je peux pas les jeter, je peux pas les regarder non plus. jai eu un lait qui est monté pendant des jours pour un enfant qui etait plus la, mon corps qui appelait quelqu'un qui viendrait pas. au bureau personne sait. je souris, je reponds aux mails, je

fais les reunions. et dans ma tete je compte. ça fait huit mois. il aurait eu huit mois aujourd'hui. je sais meme pas si jai le droit d'appeler ça un deuil, puisque tout le monde autour de moi fait comme si il y avait rien a pleurer.

il y a 39 j

Anonyme

Santé

jai commencé a 19 ans. une tante m'a dit que les hommes preferent les femmes claires, que comme ça je trouverais un bon mari plus vite. jai pris les premiers produits au marché, en cachette, comme une honte. au debut on m'a complimenté. tu es devenue belle, tu es devenue propre. comme si avant jetais sale. ma vraie

peau, celle avec laquelle je suis née, c'etait devenu quelque chose a effacer. un homme m'a meme dit un jour que si jetais restée noire comme avant il m'aurait pas remarquée. et le pire c'est que ça m'a fait plaisir sur le moment. aujourd'hui jai des taches partout, mes articulations sont plus foncées que le reste, ma

peau brule au soleil et devient fine comme du papier. le medecin m'a dit d'arreter tout de suite. mais si jarrete je redeviens foncée d'un coup, par plaques, et jai trop peur de ce que les gens vont dire, qu'ils voient que je me decolorais. alors je continue. je cache les tubes, je mets des manches longues meme quand

il fait chaud. et le soir devant le miroir je me reconnais plus. et le plus dur c'est que jai une petite fille. elle a une peau magnifique, la vraie, la notre. je fais comment pour lui apprendre a s'aimer comme elle est, alors que moi jai jamais reussi a le croire pour moi meme.

il y a 39 j

Anonyme

Amour & relations

trois ans de mariage et toujours pas d'enfant. au debut mon mari disait patience, on est jeunes. maintenant il dit plus rien, c'est sa mere qui parle a sa place. la derniere fois elle est venue, elle a parlé d'une deuxieme femme devant moi, comme ça, en buvant son café. elle a dit c'est pour ton bien ma fille, comme ça

tu auras de l'aide a la maison. jai souri. jai resservi le café. dedans je me sentais partir en morceaux. dans les ceremonies c'est le pire. les femmes te regardent le ventre avant de te regarder le visage. et alors, toujours rien ? il faut voir quelqu'un, il faut prier plus. on m'a envoyée chez des gens, jai bu des

choses ameres, jai porté des ceintures, jai fait tout ce qu'on m'a dit. personne demande si moi ça va. personne demande si le probleme vient peut etre de lui, ça c'est meme interdit d'y penser, c'est toujours la femme qu'on regarde. lui il baisse les yeux et il laisse sa mere parler. je fais les examens toute seule, en

cachette, je cache les ordonnances au fond de mon sac. et chaque mois quand mes regles arrivent, je mets la douche a fond et je pleure debout pour qu'on entende pas. apres je me seche le visage, je sors, et je prepare le repas comme si de rien n'etait.

il y a 40 j

Anonyme

Autre

tout le monde ici connait quelqu'un qui est parti par la mer. moi jai perdu deux amis d'enfance comme ça. leur mere a la maison d'en face met encore un couvert des fois, sans s'en rendre compte. elle dit qu'ils vont appeler un jour. ils appelleront jamais. et le pire c'est que moi aussi jy pense. chaque jour. jai un

diplome dans un tiroir et rien a faire avec. je fais des petits boulots par ci par la, je ramene meme pas assez pour aider a la maison. mon petit frere me regarde comme si jetais un raté, et le plus dur c'est que des fois je pense qu'il a raison. un gars du quartier est arrivé la bas l'annee derniere. il met des

photos, une belle veste, une voiture qui est peut etre meme pas a lui. et tout le monde le montre en exemple. regarde lui il a osé, toi tu fais quoi de ta vie. un autre m'a dit qu'il reste une place sur une pirogue le mois prochain. 400 mille. jy pense la nuit, allongé, les yeux ouverts. je sais que beaucoup ne sont

jamais arrivés, que la mer en a pris plein. mais rester ici sans avenir, a voir les jours passer et rien changer, ça aussi c'est une façon de disparaitre, juste plus lente. je peux le dire a personne. si je parle a ma mere elle va pleurer, sortir son tapis et me faire jurer que je bougerai pas. alors je me tais. je

souris. et je calcule.

il y a 40 j

Anonyme

Famille

je suis l'aine. depuis que mon pere est a la retraite c'est moi qui tiens la maison. le loyer, les medicaments de ma mere, l'ecole des petits, le mariage de ma soeur l'an dernier. tout passe par moi. mon salaire je le vois meme pas. le 5 du mois il est deja fini. mes amis partent en weekend, s'achetent des choses, moi

je calcule combien il reste pour le sac de riz jusqu'a la fin du mois. quand mon telephone sonne et que c'est la maison, jai le ventre qui se serre avant meme de decrocher, parce que je sais que c'est encore une depense. au mariage de ma soeur javais mis mon plus beau costume, tout le monde me felicitait, le grand

frere qui a tout payé. et moi je souriais en pensant a l'argent que javais emprunté pour ça et que je rembourse encore. javais des projets avant. je voulais reprendre les etudes, monter un truc a moi. jy pense plus. a 34 ans jai pas un franc d'economie, je peux meme pas penser a me marier, parce que si je me marie qui

va continuer a porter la maison. et le jour ou je dis juste que je suis fatigué, on me repond tu as la chance d'avoir un travail, pense a ceux qui ont rien. alors je ferme ma bouche. jaimerais qu'une seule fois, une seule, quelqu'un me demande et toi comment tu vas. mais dans ma famille l'aine il a pas le droit d'aller

mal.

il y a 41 j

Anonyme

Famille

quand mon pére est parti j'avais 11 ans. aujourd'hui j'en ai 19. la maison ou on vit c'est lui qui l'a construite, tout le monde le sait dans la famille. mais depuis c'est son grand frére qui gére tout. moi et mon petit frére on dort dans la chambre du fond, ses enfants a lui ils ont les chambres devant. eux ils sont a

l'université. moi on m'a expliqué que les études c'est pas pour tout le monde et que je dois aider a la boutique. je me leve a 6h, je ferme a 22h. je touche rien. il dit que je mange dans sa maison donc c'est normal. et quand je demande quelque chose il répond devant les gens « yaw, ton pére t'a laissé quoi ? ». et les

gens rigolent. ma mere elle baisse la tete, elle dit rien, parce qu'elle a nulle part ou aller. le truc que je peux dire a personne c'est que je le deteste. et ça aussi ça me fait mal, parce que ma mere répéte toujours qu'on doit respecter la famille du pére. mais moi je le deteste.

il y a 48 j

Anonyme

Autre

ça a commencé petit. 500 francs juste pour suivre le match avec les gars. et un soir j'ai gagné 60 mille d'un coup. je crois que c'est ce soir la qui m'a détruit, pas les défaites. depuis je cours aprés ce moment. j'ai vendu le telephone de ma soeur, j'ai dit qu'on me l'a volé au marché. j'ai pris dans la caisse de la

boutique et j'ai raconté a mon pére qu'un client a pas payé. il m'a cru direct. c'est ça le pire, il m'a meme pas posé une question. la nuit je dors plus. je regarde des matchs de pays que je connais meme pas, des équipes ou je sais pas qui joue. le matin je suis vidé. et y'a un truc que j'ai jamais dit a personne. je

prie. je fais des duas pour un but. je demande a Allah un but pour me refaire, alors que je sais tres bien ce que je suis en train de faire. aprés le match je me sens sale, je me dis c'est fini, plus jamais. et le lendemain je recommence. dama sonn. je sais plus comment faire.

il y a 49 j

Anonyme

Amour & relations

j'ai 23 ans et dans un mois et demi je me marie avec un homme que j'ai vu trois fois. il vit en espagne, il a 42 ans, c'est le fils d'une amie de ma mere. tout le monde autour de moi répéte que j'ai de la chance, qu'il a une maison la bas, qu'il va me sortir d'ici. moi je dis rien, je souris. j'ai essayé une fois de

parler a ma mere. une seule fois. elle a pleuré, elle m'a dit que si je refuse elle pourra plus sortir dans le quartier, que les gens vont dire qu'elle a mal éduqué sa fille. depuis ce jour la j'ai plus ouvert la bouche. les valises sont deja achetées. mes tantes viennent chaque weekend avec les tissus, elles rigolent,

elles sont contentes pour moi. et moi je suis assise au milieu comme si j'étais meme pas la. le truc que je peux dire a personne c'est que la nuit quand je pense au jour du mariage mon ventre se serre et j'arrive plus a respirer. je sais meme pas si c'est de la peur ou quoi. bref. dans un mois et demi je vais sourire

sur les photos et personne saura rien.

il y a 49 j